Guilad, ces quelques phrases pour te signifier en premier lieu ma honte. Oui, j'ai honte de ne pas avoir su trouver jusqu'à ce jour la solution, ta solution pour te ramener parmi nous, pour nous prouver comme aux yeux du monde que jamais au grand jamais un citoyen israélien n'est abandonné aux mains de preneurs d'otages... 

J'ai honte de devoir tout comme toi, je le présume, compter jour après jour depuis ce 25 juin 2006, comme si l'horloge du temps s'était arrêtée en cette même journée pour toi, pour moi, pour tous les hommes épris de liberté et rejetant toute forme d'extrémismes.

J'ai honte de n'avoir aucune nouvelle de toi, de n'être aucunement parvenu à remuer ciel et terre pour le moins connaître ton état général, recevoir quelques bribes de ton journalier, savoir que tu es là et bien là, perdu dans tes espoirs pour le moins identiques aux miens. 

J'ai honte du monde environnant et de son immobilisme, de sa capacité à s'aveugler pour surtout ne pas voir, de son bras autour de ma taille israélienne: symbole de soutien comme si cela m'aidait à te savoir au mieux, comme si cela jouait comme d'une pression effective vers ces terroristes de plus en plus acceptés par ce même International...

Guilad, je t'imagine loin de tout ; les sons familiers de ton enfance sont devenus mémoire, se sont métamorphosés en des bruits de pas, des injonctions en langue arabe, des repas, une cigarette peut-être de temps à autre; sans parler ici des odeurs qui ont pu bercer ta jeunesse, des voix amicales...

Guilad, je t'imagine te racontant de nouveaux contes que tu pourras publier dès ta sortie, te récitant des prières\espoir: moyen de maintenir en toi ta spécificité alors que la langue arabe a bien malgré toi supplanté l'hébreu\langue natale.

Guilad, je t'imagine ayant largement dépassé le stade de la peur, des angoisses, des points d'interrogations, pour ne plus laisser place qu'à l'espoir qui, j'en suis persuadé, te sert jour après jour de couverture enveloppante. Est-elle suffisamment chaude, douce, apaisante..?

Guilad, tout comme toi j'ai l'espoir ; surtout ne le perd pas, ne le laisse aucunement te filer entre les doigts car celui-ci est notre lien direct, celui qui malgré tout parvient certainement jusqu'à toi traversant des contrées, des murailles, des caves souterraines pour te murmurer : sens notre présence car nous sommes tous là, oui, tous ceux qui comme moi ont honte mais ne baissent pas les bras pour autant. 

Marc Lev (auteur de "Après-demain ?" - Edilivre)