En ces temps où certains états gèrent un climat international de terrorisme, de violences à outrance, de non acceptation des autres, de rejet des acquis et de recherche d'un retour à des journaliers d'un autre âge, voici comment M. Richard Rossin  (co-fondateur de Médecins du Monde – Président du Mouvement Contre le Terrorisme et Pour la Paix) préfaçait mon ouvrage "Et si..?" .

Préface de: "Et si..?" (Edilivre)

http://livre.fnac.com/a5127166/Marc-Lev-Et-si-occident-la-menace#/a5127166/Marc-Lev-Et-si-occident-la-menace

Je n’ai jamais rencontré Marc Lev, notre relation est purement épistolaire, au travers de tribunes. Tout a commencé quand il a vertement et directement critiqué un de mes écrits, sur le terrorisme, je crois, et m’a interrogé. J’aime le débat et l’apostrophe interrogeante, j’aime vivre l’histoire des hommes celle qu’ils construisent par leurs actions ou par leur immobilisme. Lui aussi. C’est ainsi qu’un échange assez suivi est né.

En partage encore, nous ne croyons pas à l’innocence, ce serait trop facile et pourtant le regard pudiquement fixé ailleurs, dans le vague ou le quotidien est ce que chacun fait le plus souvent. Tous,

nous sommes écrasés par l’immensité de la tâche, par la certitude de ne pouvoir être entendu, par le sentiment de notre petitesse individuelle qu’on n’a cessé d’instiller dans nos cerveaux. Toute forme de pouvoir magnifie ses dirigeants et nous nous déchargeons sur eux, les vrais responsables. Et eux, les dirigeants vrais responsables, souhaitent que les citoyens ne les interpellent pas trop et pas trop fortement en dehors des périodes électorales (je parle des rares états démocratiques sur cette planète) puis qu’on les laisse agir ou composer avec ce qu’il est convenu d’appeler la « realpolitik » ou plonger dans la pensée convenue ou la démagogie.

Bref, l’homme m’a apostrophé, une correspondance est née et s’est nourrie de divergences d’opinions parfois, plus souvent de différences d’expressions, finalement de différences d’expériences. Il y a parfois de la virulence dans les prises de positions, c’est la force des convictions, mais jamais il n’y a de haine. Puis un jour, Marc Lev m’a demandé d’écrire une préface à ce livre interrogation. C’est une bien grande marque de confiance de la part de quelqu’un qui ne vous a jamais rencontré et je me suis senti honoré, bien sûr ; il faut reconnaître que c’est flatteur ! Flatteur et embarrassant quand on n’est pas rompu à l’exercice et qu’on n’est pas porté à la flagornerie. Et puis le titre !

Le titre est une interrogation et je ne peux résister aux interrogations. Rien ne me parait devoir faire plus avancer les hommes que les interrogations. Je crois d’ailleurs que c’est là qu’avec mes amis nous avions échoué dans l’humanitaire, un certain défaut de questionnement. Nous étions tellement sûr de faire le Bien et, pour éviter toute discussion, nous avions décrété que pour ne pas se tromper il suffisait d’être du côté des victimes (finalement celui de leurs représentants auto proclamés). Puis nous avions ajouté que les victimes d’hier pouvaient être les bourreaux de demain, les victimes ne sont pas ontologiquement bonnes. Avec le temps, les associations sont devenues des organisations qui affirment représenter le Bien universel mais doivent négocier avec les tyrans comme aujourd’hui au l’élan naïf du coeur… l’éthique c’est d’identifier le bourreau…». Marc Lev nous entraîne avec élégance dans ces arcanes difficiles et essentielles de la réflexion en enracinant son roman dans l’actualité avec ses intrigues en poupées russes et au total l’utilisation machiavélique des aspirations diverses (et pas toujours avouables) des uns et des autres par des trafiquants de haut vol. Le bon peuple ne sait que ce qu’on veut bien lui laisser voir, le reste… Comme disait Coluche « les hommes politiques mentent mais il y a pire, les journalistes qui savent, répètent. » certains parmi les hommes ne veulent ni la démocratie ni la liberté de penser, il ne faut pas voir que l’idée impérialiste vraie, celle qui a toujours agité l’Histoire, perdure. L’idée d’étendre son mode de vie et sa vision du monde continue à agiter la planète ; le monde de Cram, le nôtre, ne veut pas voir la guerre qui lui a été déclarée depuis longtemps et qui évolue pour ses auteurs et malgré notre refus d’elle. La réalité est la réalité, elle est tapie au coeur du quotidien et petit à petit fait partie d’un décor dans lequel elle est noyée, gommée, à peine perceptible. Le déni est mortifère « et si (?) » ce monde refuse le bon sens, il est quasiment condamné. Qui donc voit le paysage se modifier dans le train-train ? Et pourtant la succession des gares est réelle. Cram a soif de comprendre, soif de s’assurer des faits.« Et si ? »

Et si la dichotomie du monde n’était pas celle que l’on rêve ? Et si derrière les victimes désignées, fantasmées n’étaient pas seulement des victimes ? Et si les victimes n’étaient pas celles de ceux (l’identification des bourreaux) qu’on accuse habituellement ? Et si la perte de valeurs au profit du dieu bilans, protocoles et bénéfices aveuglait dans la confusion de tout ce qui n’est pas dans son culte ? Et si les prêtres, tous les prêtres de toutes les religions ne visaient qu’à asservir leurs fidèles consentants ou obligés sans souci de l’avenir de la foule des croyants ? Les Ayatollahs perses sont au pouvoir et l’Iran part en folie hégémonique sans souci des Iraniens !!

Le héros rencontre la manipulation, la connaît, joue le jeu. Il rencontre en France, en Israël, en Jordanie puis bien sûr en Iran les manipulateurs les plus dangereux du monde, cachés sous des masques souvent inviolables de respectabilité. Il revient à ma mémoire vagabonde le témoignage d’un de mes amis français qui avait rencontré Hassan Nasrallah, le dirigeant du Hezbollah, l’officine iranienne qui terrorise le Liban : il l’avait trouvé charmant et agréable en prenant le thé avec lui. Comme si les porteurs d’idéologies liberticides et assassines n’étaient pas simplement des hommes comme les autres. Ou encore Fariba Hachtroudi, cette écrivaine opposante iranienne qui avait osé retourner à Téhéran et me racontait la suave politesse des diplomates perses puis de ses hôtes iraniens dont, elle, n’était pas dupe. Le quotidien apparent n’est pas le quotidien vrai, il cache les millions d’êtres qui vivent dans la terreur ou tentent simplement de survivre jour après jour et ne savent plus si ce qu’ils pensent est le résultat de leur raison ou seulement ce qui a été patiemment instillé dans leur cerveau.

Tout au long du roman, la patience est en filigrane, toute puissante : la dimension du temps, les différences de perception du temps. D’un côté un monde frénétique et avide préoccupé d’un culte au Veau d’Or qui effrite sa liberté, de l’autre un univers qui a le temps, assuré de la supériorité de sa vision dont il est persuadé qu’elle est la parole de Dieu que nul n’entend et dont il psalmodie la grandeur. C’est cela le conflit des civilisations, il est une réalité et nier les réalités ne les fait pas disparaître. Combien de Rushdie, d’Ayan Hirsi Ali, de Redeker, de ces femmes et de ces hommes qui combattent les idéologies en respectant les êtres faudra-t-il encore ?

Et que restera-t-il de notre liberté ?

Marc Lev ne vise pas à entrer dans le gotha de la littérature internationale, il vise, comme l’indique le titre de son livre, à nous amener enfin à nous interroger, ce qui est beaucoup plus grand et espérons-le salvateur. Souhaitons que ce ne soit pas un écrit vain.

Richard Rossin ( co-fondateur de Médecins du Monde – Président du Mouvement Contre le Terrorisme et Pour la Paix).

P.S: "Et si..?" précède "Après-demain ?" où le terrorisme islamiste s'en prend aux occidentaux...http://livre.fnac.com/a3753112/Marc-Lev-Apres-demain#/a3753112/Marc-Lev-Apres-demain