Depuis mes dernières chroniques beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et si le Coronavirus avec toutes les implications qui en découlent ( sociales, économiques, politiques...) a pris le devant de l'actualité internationale, d'autres actualités ( et pas des moindres !) ont surgi à nos visages avec plus ou moins de suivi journalistique, de "devant de la scène", de discussions et autres débats... 

Je me suis repris ces jours derniers à relire "Soumission" de Houellebecq, et actualité oblige, ce roman m'a à nouveau interpellé quant au journalier du judaïsme français, quant aux ressentis des juifs encore résidant sur le sol français ( mais j'aurais effectivement tendance à élargir la problématique vers l'Europe dans sa presque totalité...), quant à des situations où le juif doit cacher sa judaïcité, ne doit certes pas étaler des propos pro-israéliens, a somme toute pour obligation de se faire petit, tout petit, à moins d'être prêt et à même de se heurter à la vindicte populaire et d'y faire face...   

Plus de Magen David ou de Haï sur le torse, plus de kippa sur le crâne, plus de T-shirt avec quelques mots ou signes hébraïques, plus de chants israéliens dans les écouteurs dans les lieux publiques, le "Casher" relégué, repoussé, réduit à sa plus simple expression...

Oui, moi qui ai fait le choix de faire mon Alyah il y a plus de 35 années j'en arrive à n'envier aucunement le sort des juifs (restés par choix personnel ou par obligation) en France, en Europe et qui se trouvent dorénavant confrontés à des situations que je n'aurais imaginées il y a plus de trente années de cela...

J'ai bien évidemment encore de la famille, des proches, des connaissances qui pour des raisons ou autres ont fait le choix ( permanent ou temporaire...) de rester, de ne pas tout quitter, de ne pas se déraciner alors que leurs propres familles se sont installées sur le sol français- européen depuis parfois plusieurs générations; et qui serais-je pour critiquer, accuser, pointer du doigt ..? 

Vivre et résider en Israël c'est pour certains un rêve, pour d'autres un aboutissement inéluctable, pour d'autres encore une logique aux racines religieuses, et si à l'époque de ma propre venue l'Alyah se voulait concrétisation, idéal, participation aux efforts nationaux, les motivations vers l'Alyah me semblent s'être majoritairement transformées ; n'y aurait-il pas ici matière à réflexion ?..

Si je suis fier de ce qui a été accompli dans ce pays du lait et du miel depuis ne serait-ce que ma propre Alyah, Israël est un état où le devenir journalier est loin d'être aisé, facile, à porter de mains: chèrté de la vie, terrorisme, missiles,droits sociaux réduits, aides diverses pas évidentes, langue et mentalité différentes à ingérer...

S'installer actuellement en Israël c'est accepter l'adage connu " On ne t'a pas promis un jardin de roses" où, si vous serez bien évidemment les bienvenus, ne vous attendez pas pour autant à ce que tout vous soit aisé, à ce que les mains vous soient tendues de toutes parts, à recevoir des passe-droits du fait que vous venez de faire votre Alyah. 

Faire le choix de venir vivre en Israël ce sont indubitablement des concessions, des situations auxquelles on ne se serait pas cru devoir être confronté, des relations journalières pas toujours évidentes, pour beaucoup une baisse du niveau de vie, pour certains une non reconnaissance des diplômes, des acquis professionnels antérieurs...

Faire le choix d'une Alyah ce serait comme une naissance par laquelle vous vous devez de tout apprendre, de découvrir, de comprendre, de mettre du votre afin de vous intégrer; et certes cela n'est pas chose aisée pour qui connait Israël avec une approche touristique où les beautés des divers sites, des plages, du Golan comme des sables du Négev fait oublier la vie environnante, la vraie vie...

Venir s'installer en Israël afin d'y vivre c'est quelque part faire passer au second plan les superbes plages, le meilleur coin à falafel, les supers soirées dans les discothèques...La vie au journalier ( et d'autant plus pour une nouvel immigrant) ce sont des files d'attente dans les administrations, dans les bureaux, c'est une course permanente entre les enfants, les courses, les banques...et cela tout en tentant d'apprendre l'hébreu, de se faire des amis, des relations; somme toute de s'intégrer avec pour but final de se sentir comme faisant entièrement partie de ce merveilleux pays.   

Alors venir s'installer en Israël c'est à mes yeux une évidence pour tout juif résidant ailleurs et qui ne peut (pas, plus) s'exprimer ouvertement en tant que juif sous peur d'être au mieux rejeté verbalement, au pire attaqué physiquement . 

Mais, et si Israël existe pour nous tous, n'oubliez pas que votre intégration ne dépend que de vous, pas du peuple israélien, pas de votre voisin, pas de l'épicier du coin...;soyez prêts à vous investir jusqu'à ressentir dans vos fors intérieurs que ça y est, vous faites effectivement partie de ce pays, de votre pays !  

Marc Lev

Auteur de "Et si.." et "Après-demain..?" ( eds Edilivre) Où la situation en France était déjà pressentie...