21 décembre 2020
Alyah disiez-vous...
Comment ne pas se souvenir de cette année 1975 alors que ce fut la déclaration d'indépendance des îles Comores du joug français, alors qu'eut lieu le premier rassemblement du G6 organisé à Rambouillet, alors que l'île de Corse se retrouvait partagée entre la Haute-Corse et la Corse du Sud et alors que je concrétisais ma propre Alyah...
La situation israélienne de cette époque était-elle plus aisée, plus encline à recevoir des nouveaux immigrants, plus à même de gérer un journalier de dénigrement international, de terreur dans nos rues, de difficultés à boucler ses fins de mois ?
Me concernant, l'année 1975 fut la concrétisation logique de ma propre appartenance en France à un mouvement juif, sioniste, socialiste, où durant des années de participation aux activités diverses, aux "Ma'hanot", aux camps de vacances, la montée vers Israël ( et pourquoi pas au kibboutz ?) se voulait d'évidence, pour ne pas dire d'obligation...
Un rêve, mon rêve se concrétisait: je faisais enfin partie intégrante de ce peuple israélien tant adulé depuis les terres françaises m'ayant vu grandir !
Je me retrouvais mêlé à une société solidaire gardant encore les plaies et blessures de la guerre de Kippour et dans laquelle je ne pouvais assurément que me sentir bien.
Combien de fois ai-je profité de cette chaleur humaine toute israélienne où le "tremp", l'auto-stop fonctionnait à merveille et m'évitait des dépenses,moi, jeune nouvel arrivant n'ayant pas des millions de lires en poche tout en me permettant de me déplacer et de découvrir ce pays du lait et du miel ? ,
Combien de fois ai-je été invité alors pour un café au lait, pour un repas, pour un Shabbat convivial alors que mon hébreu n'en était encore qu'à ses balbutiements ?
Tandis que je prenais mes marques dans cette nouvelle société pour moi, je m'intégrais dans un journalier différent de celui vécu jusque là où les décisions politiques devenaient miennes, où les actes de terreur me touchaient autant que tout israélien de souche, où la moindre nouvelle était suivie par toutes et tous; radios fonctionnant en tous lieux, souvent à tue-tête, et commentées parfois bruyamment...
1975 ce fut un traité supplémentaire avec l'Egypte voisine ( signé à Genève) avec pour ligne officielle principale que "les conflits entre les deux pays ne seront dorénavant pas résolus par la force militaire mais par des biais pacifiques".Il faudra malgré tout attendre l'année 1980 pour voir des relations diplomatiques se mettre sur pied entre ces deux états
1975 ce fut l'Assemblée Générale des Nations Unies qui adoptait la résolution 3379 par laquelle le sionisme était dorénavant considéré comme une doctrine raciste...
1975 a vu des attaques terroristes qui nous touchaient tous comme un seul homme : attaque et prise d'otages à l'hôtel Savoy à Tel-Aviv, réfrigérateur piégé de la place Zion à Jérusalem, prise d'otages meurtrière au moshav Kfar Yuval...Autant de raisons de me sentir partie intégrante de cet état dans lequel chaque attentat nous meurtrissait directement dans nos chairs, dans ce devenir et ce journalier d'israéliens...
Si tout ne flottait pas toujours sur des eaux calmes ( et loin s'en fallait...) dans ce pays devenu une patrie, ma patrie, nous avions tous suivis Schlomo Artzi avec sa chanson "At Ve'Ani" au concours de l'Eurovision à Stockholm où il parvint ( mais le sentiment général était plutôt " nous sommes parvenus, nous autres israéliens"...) jusqu'à la 11e place. Certes un résultat peu apprécié et commenté largement dans la rue israélienne entre les " ça ne m'étonne pas,tous des pays antisémites", les "mais qu'est-ce qu'ils connaissent de la beauté de cette chanson, de la qualité du chanteur, ainsi que de la prestation"...
C'était mon pays de cette année 1975 dont certains se souviennent avec nostalgie, d'autres n'y voient qu'une continuité de situations où et quoiqu'on ai fait, l'état d'Israël se retrouvait toujours dans le rôle de la brebis galeuse sur la scène internationale...
Mais c'était mon pays, ça l'est toujours, même si les mentalités ont changé, si le journalier s'est métamorphosé vers d'autres problématiques; et notre falafel, nos pitot, notre houmous, nos spécialités culinaires de tous horizons,notre culture, nos avancées dans tous domaines sont bien présents pour rappeler à ce jeune Olé de 1975 de-même qu'à celui de 2021 qu'Israël est indubitablement son pays !
Marc Lev - kibboutznik, auteur de "Et si.." et "Après-demain..?" ( eds Edilivre)
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